Portrait de Raynald Vasseur

Raynald Vasseur

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Attaché à l’esthétique et à la lumière, il cherche dans chaque image une émotion simple et immédiate. Mais pour lui, une photographie trouve surtout sa force lorsqu’elle s’inscrit dans une série, comme une note dans une composition musicale.

Quel est ton premier souvenir lié à la photographie ?

Lorsque j’avais 18 ans, j’ai profité de mes grandes vacances pour travailler en entreprise et gagner un peu d’argent. Avec ma première paie, j’ai acheté un appareil Praktica. L’appareil était entièrement manuel (mise au point…) et bien sûr argentique. Mes premières photos étaient soit floues, soit trop sombres. Bref, le résultat était catastrophique et sans doute un peu décourageant.
J’ai alors acheté le magazine Chasseur d’Images. Le contenu m’a semblé totalement abscon, réservé à des érudits : vitesse, ouverture de diaphragme, sous-exposition. J’ai pourtant acheté le numéro du mois suivant, puis celui du mois d’après. C’est ainsi que je me suis fait mon éducation technique en photographie.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de photographier ?

Très jeune, j’éprouvais le besoin de créer dans le domaine artistique. Je n’avais pas trop de talent pour la littérature. Je n’en avais pas non plus pour la photographie mais j’avais l’intuition qu’au moins dans cet art, je pouvais progresser en travaillant, en observant le travail des maîtres. Ce qui m’a plu dans la photographie, c’est ce croisement entre la technique et l’art, entre l’outil et le résultat auquel il permet d’aboutir.

Que cherches-tu lorsque tu déclenches ?

Je suis très attaché à l’esthétique. Parfois, j’ai l’impression d’être un peu largué lorsque j’observe la production dans les grands festivals. Comme si nous étions passés à une ère où l’esthétique est un concept à dépasser. Désormais, pour comprendre la production d’un photographe, il faut souvent disposer de la notice d’explication !
Personnellement, je continue de déclencher afin de capturer le beau. Je me sens totalement coloriste : donc mon déclenchement est soumis à une belle lumière qui va valoriser la couleur. Sinon, lorsque je déclenche, c’est soit dans le but de compléter le travail d’une série, soit par pur plaisir. Par exemple, je suis allé récemment à Miami. J’avais emporté avec moi mon Rolleiflex… Je savais très bien que mes photographies ne s’inscriraient que dans une logique purement touristique. C’était donc pour moi une photographie sans pression, sans obligation de résultat… Une photographie-plaisir.

Qu’est-ce qui compte le plus pour toi dans une image ?

Il me semble qu’une photographie doit susciter une réaction : c’est beau, c’est marrant, c’est triste, c’est inacceptable. Soit elle raconte quelque chose, soit elle est esthétique. Mais aujourd’hui, j’ai tendance à penser que ce qui compte le plus dans une image, c’est sa capacité à compléter une série, à participer à un récit. Comme une note participerait à une composition musicale.

Quelle image t’a le plus marquée dans ton parcours ?

Je pense que ce n’est pas une image mais un livre : celui de Todd Hido, Intimate Distance. Ce photographe sillonne les banlieues américaines de nuit et prend en photo les pavillons éclairés par une fenêtre ou un lampadaire. Ses photos génèrent une forme de tension, de mystère : quelles sont les histoires que dissimulent ces pavillons ? Je pense que j’ai intégré plus ou moins consciemment son travail pour entamer ma série « Nuit Opale ».

Le doute fait-il partie de ton processus ?

Oui, le doute fait partie du processus. Heureusement. En termes de stress, je suppose qu’il est comparable à celui de l’écrivain face à la page blanche. Le déclenchement photographique requiert de l’inspiration, parfois de la chance aussi (je pense à la photo de rue). Il arrive que l’inspiration ou que la chance ne soit pas au rendez-vous. Cela génère chez moi une très grande frustration. Je considère que ce doute est plutôt un frein. Quoi de mieux que ce sentiment qui vous porte, qui vous donne à penser que vous êtes dans un super « mood », que vous êtes totalement connecté à votre environnement ?!! Les photos s’enchaînent, la dynamique positive vous rend totalement aux aguets.

Qu’est-ce que la photographie t’apporte aujourd’hui ?

C’est assez terrible à dire : elle m’apporte une raison d’exister. La photographie donne un sens à mon existence. Et je suis convaincu que ce sens m’aidera à bien vieillir. Cela nécessite d’avoir toujours un projet photographique sur le grill, la possibilité d’exprimer ma vision d’un certain sujet. Cette passion photographique m’apporte également un environnement social : le contact avec d’autres photographes est précieux. J’adore découvrir leur travail, échanger sur nos doutes et parfois sur notre matériel.

Si tu ne pouvais faire qu’une seule photo demain, laquelle serait-elle ?

Il s’agirait du portrait d’un ouvrier dans son environnement de travail. J’imagine un environnement assez sombre. Mon sujet est éclairé par une source lumineuse latérale. Une partie du visage est donc plongée dans la pénombre. J’imagine un rendu très proche d’une peinture de Rembrandt. Cette photo s’inscrirait dans une série portant sur l’activité de l’entreprise ou d’une région.

Un mot pour résumer ta photographie ?

Couleur. J’aime le n&b mais je ne sais pas faire. Ma photographie est totalement dépendante de la couleur. La couleur agit chez moi tel un aimant visuel. Je me sens un peu influencé par la peinture et je ne connais pas de tableau en n&b.

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