Marc Riboud,
un souvenir qui ne m'a jamais quitté
Catalogue d'exposition de Marc Riboud, exemplaire personnel dédicacé à Olivier Avez.
Il y a des rencontres qui marquent une vie. Celle que j'ai faite avec Marc Riboud en fait partie.
Jeune graphiste, je pratiquais déjà la photographie depuis l'âge de seize ans. Mon premier appareil était un Praktica. Depuis mes débuts en photographie, Marc Riboud occupait une place tout en haut de la liste des photographes que j'admirais.
Un jour, notre agence a reçu la commande de réaliser le catalogue de son exposition. J'ai eu la chance de travailler pour lui sur ce projet. C'était une occasion inespérée de rencontrer celui que j'admirais tant.
J'ai eu le plaisir d'échanger avec lui. Je garde le souvenir d'un homme d'une grande simplicité, accessible et profondément humain.
Une phrase m'a particulièrement marqué. Il me confia qu'il était un peu embêté parce qu'il devait partir le lendemain à New York. Je n'en revenais pas. Moi, qui débutais dans la vie professionnelle et n'avais pratiquement jamais voyagé, j'avais devant moi ce « monstre sacré » de la photographie, et il me parlait de ce départ comme d'un voyage ordinaire. Aujourd'hui, New York est devenue une destination presque familière pour beaucoup de voyageurs. À cette époque, c'était encore une destination qui faisait rêver. Ce contraste est resté gravé dans ma mémoire.
Je me souviens aussi d'un moment qui m'a beaucoup amusé. Ce jour-là, Marc Riboud avait une barbe naissante. Sans interrompre notre conversation, il sortit de son sac un objet pour le moins surprenant. Il tira sur une ficelle pour en déclencher le mécanisme : c'était un rasoir gyroscopique. Tout en poursuivant notre échange, il le faisait glisser sur ses joues avec un naturel déconcertant. Cette scène, aussi insolite que touchante, est restée dans mes souvenirs.
Lorsque le bon à tirer du catalogue fut validé, Marc Riboud reprit la route. Je ne l'ai jamais revu.
Avant de partir, il eut la délicatesse de me dédicacer son catalogue d'exposition. Je le conserve précieusement. Chaque fois que je le prends en main, je repense à cette rencontre qui a tant compté pour le jeune homme que j'étais.
C'est avec une émotion toute particulière que je vous annonce qu'à partir du 1er septembre, Positif, écrire avec la lumière publiera un article consacré à Marc Riboud, écrit par Catherine Raspail. Je tiens à la remercier chaleureusement pour le temps, le talent et l'investissement qu'elle a consacrés à ce magnifique travail.
Merci, Marc. Plus de quarante ans ont passé, mais je n'ai jamais oublié cette rencontre.
Olivier Avez
Publié le 27 juin 2026