Paul McCartney photographe :
Eyes of the Storm au Musée Granet
© Paul McCartney
Pour la plupart des gens, Paul McCartney reste, avec John Lennon, le fondateur des légendaires Beatles, chanteur et auteur de quelques-unes de leurs plus mémorables chansons, comme I Want to Hold Your Hand, Yesterday et Lady Madonna. Et c'est sans même parler de la très longue carrière musicale qu'il poursuivit après la dissolution du groupe en 1970.
Le photographe
derrière le musicien
Mais ce que le grand public sait moins, c'est que McCartney fut, dès son plus jeune âge, passionné par la photographie. Et qu'avec son Kodak Brownie puis son Pentax 35 mm, il prit une multitude de clichés en noir et blanc, à une époque où la technologie ne permettait pas, comme aujourd'hui, de retoucher une photo ratée sur son écran. Tout était alors dans la main de l'ange. C'est d'ailleurs cette part de hasard que nous apprécions tant dans les photographies d'alors.
Dans l'œil de la Beatlemania
Cette dilection — que d'aucuns appelleraient un violon d'Ingres —, Paul McCartney l'a particulièrement exercée au début des années 60, quand « la Beatlemania » commençait à déferler sur le monde. C'est ainsi qu'entre l'automne 1963, en Angleterre, et l'hiver 1964, en France et aux États-Unis, il va s'attacher à fixer des instants de la vie du groupe en tournée — groupe dont il était l'un des piliers.
Pas seulement des portraits de John, George et Ringo, mais aussi des managers — Brian Epstein étant le plus connu — et des filles, souvent anonymes, qui gravitaient autour d'eux. Ou même d'autres jeunes gloires du show-business d'alors, comme Sylvie Vartan, Johnny Hallyday et Trini Lopez. Car Paul McCartney, loin de ne s'intéresser qu'à lui, a toujours manifesté beaucoup d'intérêt pour les autres. Sympathie doublée d'une vive curiosité pour les villes et les pays qu'il a traversés.
Des archives retrouvées
L'âge venant — il est né en 1942 —, il s'est donc penché sur ses archives photographiques comme on se plonge dans un bain de jouvence. En tout, plus d'un millier de documents couvrant cette période, pour la plupart des planches de contact et des négatifs qui n'avaient encore jamais été montrés au public.
En 2020, ils donnèrent lieu à une première exposition à la National Portrait Gallery de Londres, avec le concours de Rosie Broadley, sa conservatrice en chef. C'est elle qui est, avec Paul McCartney et Sarah Brown, à l'origine de cette sélection de 250 photos, judicieusement intitulée Eyes of the Storm.
« Ce que le temps ne détruit pas,
il le transforme en œuvre d'art. »
Une exposition au Musée Granet
Après avoir transité par les USA, le Japon et le Canada, elle arrive enfin à Aix-en-Provence pour six mois, première étape d'une tournée européenne. Présentée dans les vastes salles de l'élégant Musée Granet, c'est à un véritable voyage temporel qu'elle invite le spectateur, tout au long d'un parcours de 700 m² agrémenté par de nombreux extraits musicaux.
À l'exception de la première section, ce sont les villes où les Beatles se produisirent qui donnent leurs noms aux cinq autres : Liverpool et Londres, Paris, New York, Washington, Miami et les premiers clichés en couleur. Autant d'étapes où s'est façonnée la fulgurante gloire du groupe anglais en quelques mois.
Le regard d'un témoin privilégié
Disons-le sans détour : si ces photos nous charment, c'est moins par leur qualité intrinsèque que par leur capacité à nous restituer l'exubérance de cette époque. Certaines sont bien cadrées, d'autres pas ; certaines font d'un aléa technique un atout esthétique, comme ce portrait dédoublé de John Lennon en train de lire le journal au Plaza Hôtel. Et rares sont celles qui nous offrent un angle de vue vraiment original, à l'instar de ce plan en plongée sur une rue de New York.
De toute évidence, Paul McCartney n'avait pas le souci de la belle composition qui donne d'emblée à son sujet une dimension iconique. Cette approche-là serait plutôt celle d'un Jean-Marie Périer, autre photographe des années yé-yé. Ce que McCartney voulait saisir, c'était la grâce fugitive d'un visage ou la nouveauté d'un paysage urbain, semblable à la plupart des photographes amateurs d'hier et d'aujourd'hui.
À ceci près qu'il avait déjà la claire conscience de l'Histoire en train de s'écrire à travers la prodigieuse épopée des Beatles. Et qu'il voulait, juge et partie à la fois, en être le premier mémorialiste. Faut-il dire qu'il a réussi son pari ? Car ce que le temps ne détruit pas, il le transforme en œuvre d'art.
Du 4 juillet 2026 au 3 janvier 2027.
Musée Granet, place Saint-Jean de Malte, 13100 Aix-en-Provence.
Tous renseignements sur museegranet-aixenprovence.fr
Publié le 7 juillet 2026