Portrait de la photographe contemporaine Neslihan Bilge Aytan

Neslihan Bilge Aytan

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Neslihan Bilge Aytan photographie ce qui attire son regard et provoque une émotion. Elle s’intéresse avant tout aux personnes, à leur environnement et aux scènes de la vie quotidienne.

Quel est ton premier souvenir lié à la photographie ?

J’ai commencé la photographie à l’âge de 35 ans. Je me souviens encore de l’excitation que j’ai ressentie lorsque j’ai pris un appareil photo pour la première fois. L’idée de pouvoir saisir un instant, le conserver et le raconter à travers mon propre regard me fascinait.

Au début, j’avais surtout peur de ne pas réussir à retranscrire dans mes images ce que je voyais et ce que je ressentais. Puis, en commençant réellement à photographier, cette peur a peu à peu laissé place au plaisir et à l’excitation. Je regardais les images que je venais de prendre avec beaucoup de joie. Cette sensation m’a donné envie de continuer à observer, à expérimenter et à photographier.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de photographier ?

Je crois que ce qui m’a attirée dans la photographie, c’est la possibilité de raconter un instant à travers mon propre regard. Avec le temps, la photographie est devenue bien plus qu’une manière d’enregistrer une image. Elle est devenue une façon très personnelle d’entrer en relation avec ce que je vois et avec le monde qui m’entoure.

Lorsque je parviens à saisir un moment qui me touche, l’idée qu’il puisse ensuite faire partie de ma mémoire continue de me fasciner.

Que cherches-tu lorsque tu déclenches ?

Lorsque je photographie, je me concentre avant tout sur ce que je ressens. Quand je vois une scène qui me parle vraiment, quelque chose s’éveille en moi et j’ai envie de continuer à photographier, presque sans voir le temps passer.

D’une certaine manière, lorsque je photographie, je me perds un peu, mais je me retrouve aussi dans mon propre univers intérieur. Ce que je vois autour de moi peut parfois réveiller quelque chose de très personnel.

C’est pourquoi, lorsque j’appuie sur le déclencheur, je n’ai pas l’impression de simplement enregistrer ce qui se trouve devant moi. J’essaie aussi de garder une émotion, un moment et la trace qu’il laisse en moi.

Qu’est-ce qui compte le plus pour toi dans une image ?

Avant tout, je cherche une émotion. Si une image ne provoque rien en moi, je ne déclenche pas, même si elle est techniquement parfaite.

La lumière est également très importante pour moi. Je pense qu’elle peut complètement transformer une photographie. Avant de déclencher, j’imagine souvent la composition dans ma tête. Je réfléchis au cadrage, à la lumière, à la position du sujet. Il m’arrive aussi de guider mon modèle pour me rapprocher de l’image que j’ai en tête.

Mais au final, je reviens toujours à la simplicité. J’accorde beaucoup d’importance à la sobriété dans mes photographies. Je pense qu’une image simple permet de transmettre une émotion de manière plus directe et plus forte, sans que des éléments inutiles viennent détourner l’attention.

Pour moi, une bonne photographie n’a peut-être pas besoin de tout expliquer. Elle laisse une place au spectateur, un espace dans lequel il peut trouver sa propre émotion.

Quelle image t’a le plus marquée dans ton parcours ?

Au cours de mon parcours photographique, beaucoup d’images m’ont marquée. Je ne pourrais probablement pas en choisir une seule. Parfois, c’est tout le travail derrière une photographie qui m’impressionne ; parfois, c’est l’émotion qui se dégage de la personne photographiée.

J’échange souvent avec les personnes que je photographie. Je ne veux pas les considérer simplement comme des sujets placés dans un cadre. Leurs histoires, leurs parcours, parfois même une expression dans leur regard ou une simple phrase peuvent me toucher davantage que l’image elle-même.

Je crois que les photographies qui restent le plus longtemps avec moi sont celles qui, au moment où elles sont prises, cessent d’être de simples images et deviennent le témoignage d’une rencontre, d’une histoire ou d’une vie.

Le doute fait-il partie de ton processus ?

Le doute ne fait pas vraiment partie de mon processus. Je sais ce que je cherche et j’essaie d’avancer dans mon parcours photographique avec confiance.

Bien sûr, comme dans toute démarche créative, il y a des moments où je me pose des questions. Mais je ne le vis pas vraiment comme un doute sur ce que je fais. Il s’agit plutôt d’une envie de progresser, de me remettre en question et de chercher à faire mieux.

Pour moi, la photographie est une recherche permanente. Mais dans cette recherche, je n’ai pas l’impression de perdre mon cap. Au contraire, plus je comprends ce que je cherche, plus mon chemin devient clair.

Qu’est-ce que la photographie t’apporte aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la photographie n’est plus simplement un passe-temps pour moi. Elle est devenue une manière personnelle de m’exprimer.

Avec le temps, mon rapport à l’appareil photo a changé. Je ne photographie plus seulement pour enregistrer une image, mais aussi pour exprimer ma manière de voir le monde et la relation que j’entretiens avec lui.

La photographie m’a surtout appris à regarder la vie avec plus d’attention. Aujourd’hui, je suis davantage attentive à la lumière, à une expression sur un visage, à un regard ou à un moment très bref que j’aurais peut-être laissé passer autrefois. Je sais qu’un moment qui semble ordinaire peut parfois contenir une histoire très forte.

Je crois que l’un des plus beaux cadeaux que la photographie m’a apportés est de m’avoir appris la différence entre voir et regarder. Tout le monde voit, mais regarder véritablement demande de s’arrêter, de prendre le temps et de ressentir ce qui se passe dans l’instant.

Aujourd’hui, lorsque je photographie, je n’enregistre donc pas seulement le monde. D’une certaine manière, je le redécouvre et, en même temps, je continue à me découvrir moi-même.

Si tu ne pouvais faire qu’une seule photo demain, laquelle serait-elle ?

Ce n’est pas une question facile. Si je ne pouvais prendre qu’une seule photographie demain, j’aimerais qu’elle saisisse un moment qui ne se reproduira jamais.

Mais je ne parle pas seulement d’un moment unique. J’aimerais que ce soit une image qui ait un sens au-delà de moi-même. Une image capable d’attirer l’attention, de faire réfléchir et, peut-être, d’avoir un impact positif sur la vie de quelqu’un.

Je ne sais pas exactement à quoi cette image ressemblerait. Et c’est peut-être justement ce qui est beau. Certaines photographies ne peuvent pas être imaginées ou planifiées à l’avance. La vie les place simplement devant nous.

Le rôle du photographe est alors d’être suffisamment attentif pour les reconnaître lorsqu’elles apparaissent.

Peut-être que la vie m’offrira un jour un tel moment. Mon rôle sera simplement d’être prête à appuyer sur le déclencheur lorsqu’il arrivera.

Un mot pour résumer ta photographie ?

La recherche.

Pour moi, la photographie n’a jamais consisté uniquement à enregistrer ce que je vois. Dans chaque photographie, je cherche une émotion, une lumière, une histoire humaine ou un détail que je n’avais peut-être jamais remarqué auparavant.

Parfois, ce que je cherche se trouve à l’extérieur : dans le regard d’une personne, dans une lumière, dans une expression ou dans la trace qu’un moment laisse sur un visage. Parfois, sans même m’en rendre compte, je cherche quelque chose en moi.

Je ne sais pas toujours exactement ce que je cherche avant de déclencher. Mais au moment où j’appuie sur le déclencheur, j’ai souvent le sentiment d’avoir trouvé une petite partie de la réponse.

Peut-être que la photographie, pour moi, est moins une destination qu’un chemin. Un chemin qui me permet de continuer à regarder, à ressentir et à me découvrir.

C’est pourquoi, si je devais résumer ma photographie en un seul mot, ce serait : la recherche.

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