Photographie de Nicola Vigilanti

Nicola Vigilanti

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Entre photojournalisme et photographie de rue, Nicola Vigilanti envisage la photographie comme une attitude : une manière d’observer, de rencontrer et d’interpréter le monde.

Instagram : @nicola_vigilanti

Quel est ton premier souvenir lié à la photographie ?

Mon premier souvenir lié à la photographie date de mon enfance (entre 6 et 7 ans certainemen) et il est directement lié à l’objet qu’est l’appareil photo : le Nikon F1 de mon père, photographe amateur et passionné qui, indirectement, m’a transmis une forte curiosité pour la photographie, le noir et blanc et le voyage. Cette sensation de pouvoir arrêter le temps et de le figer en images tangibles a toujours été perçue comme une sorte d’alchimie dans mon esprit.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de photographier ?

D’un point de vue plus intime, ce qui déclencha mon envie de m’investir dans la photographie, à l’âge de 15 ans, fut l’occasion de partager une activité ludique avec mon frère qui, lui-même, se rapprochait de la photographie avec l’achat de son premier appareil reflex, un Nikon F601 avec un 28-70 mm f/2,8. Cela fut l’occasion de découvrir un grand nombre de filtres, de films et de sensibilités ISO (1 600 et 3 200, les plus improbables à l’époque…). Ce fut une approche assez technique et ludique.

Ensuite, il n’y a que moi qui ai persévéré dans la pratique photographique, passionné par la photographie de rue et le photojournalisme.

Que cherches-tu lorsque tu déclenches ?

Je n’ai pas de réponse exhaustive à cette question, puisque chaque contexte pourrait avoir une réponse différente. Je cherche certainement à déclencher une émotion, le challenge ultime de chaque photographe.

D’un point de vue intérieur, l’activité de regarder, d’observer et de photographier est une façon d’en apprendre un peu plus sur le monde qui nous entoure. L’activité de photographe est une aventure humaine en soi, faite de rencontres et d’échanges. Cet aspect de la photographie est presque le plus intéressant, puisqu’il ne nécessite aucune approbation extérieure ni aucun jugement.

Qu’est-ce qui compte le plus pour toi dans une image ?

Ce qui compte, c’est l’acte de photographier lui-même.

Une photo n’est jamais neutre. Elle est toujours une interprétation, une appropriation du réel. Le photographe décide ce qu’il garde, ce qu’il coupe, ce qui mérite de rester figé dans le temps. Donc l’image vaut surtout comme vision du monde tel que je souhaite l’interpréter, et non comme preuve du réel.

Quelle image t’a le plus marqué dans ton parcours ?

Il n’y a pas une image en particulier qui m’ait le plus marqué, mais sûrement les reportages de Salgado, sa continuité et son engagement envers ses sujets et sa vie de photographe. En particulier, son travail dans les mines d’or au Brésil reste l’ensemble photographique qui m’a le plus marqué dans mon envie de devenir photographe, à mes débuts.

Le doute fait-il partie de ton processus ?

Le doute est une partie essentielle de mon processus, puisqu’il me pousse à rechercher des regards extérieurs lors de mes editings et de mes choix. Ce n’est pas par manque de confiance en moi-même, mais parce que les émotions ressenties lors des prises de vue peuvent influencer le jugement sur le résultat final.

Je m’explique : au cours de l’editing, on considère parfois qu’une certaine image est susceptible de provoquer des émotions parce que nous-mêmes les avons éprouvées. Ce ne sera pas forcément le cas pour un regard extérieur.

Disons que si la prise de vue est un acte plus intime - on essaie d’apporter notre regard sur le monde -, la présentation du résultat, sous forme de portfolio, d’exposition, de livre et, aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, est un acte de partage qui demande un consensus.

Savoir douter est une démarche, à mon avis, nécessaire pour partager son propre travail.

En ce sens-là, le doute ne représente ni un frein ni une nécessité.

Qu’est-ce que la photographie t’apporte aujourd’hui ?

La photographie m’apporte toujours autant de passion et de moments de partage. C’est une source de rencontres, de découvertes et d’échanges. Elle est aussi une façon de me remettre régulièrement en question.

En plus de 20 ans d’activité, je constate plusieurs changements : le numérique, les réseaux sociaux et l’IA. Personnellement, j’ai abordé ces changements avec un mélange de curiosité et de méfiance quant à leur durée et à leur intérêt.

Je ne néglige pas les changements, mais j’essaie de les utiliser et de les retourner à mon avantage. Ils font partie du jeu. Néanmoins, je reste passionné par une approche assez classique, faite de processus argentiques et d’un style photographique plus authentique.

Si tu ne pouvais prendre qu’une seule photo demain, laquelle serait-elle ?

Il n’y a pas de sujet spécifique. En revanche, j’aimerais qu’elle soit réussie, avec un intérêt durable dans le temps, historique. Une sorte de clé de lecture de la globalité de mon travail.

Un mot pour résumer ta photographie ?

Si je devais choisir un seul mot pour résumer ma photographie, ce serait : attitude.

Pour moi, la photographie est une attitude, une façon d’aborder les expériences qui nous entourent. La photographie n’est pas simplement un acte, mais une façon de regarder, d’interpréter et de choisir ce qu’on souhaite retenir et partager.

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